Réminiscences

Portrait

Réminiscences

 

 

Fedora fait son portrait

 

 « Crétin,  puisqu’on a oublié son nom, avait les yeux en dessous, le teint luisant, le corps gras et le visage empâté. Ses yeux étaient pochés, il brillait, il était concave, il portait un chapeau de bohémien trop grand enfoncé sur le front et il avait, en dessous, l’air d’un stupide : il oubliait de regarder là où il était, de vous parler ; et si oui, il s’en tirait mal, croyait étonner, il contait longuement à son assemblée en même temps que glissaient les pièces comment il fallait jouer, et quand il se retournait, celle ou celui qui l’accompagnait l’avait déjà quitté; il ne se faisait pas écouter, trop occupé à jouer. Il a toujours énervé !

Je t'aime ma Fedora



On entendait que lui dans l’allée. Il applaudissait quand les pièces tombaient, il souriait à ce que les autres lui disaient, il était si fier, il se moquait en dessous de ceux qui perdaient, mais il était de leur avis pour critiquer ; il courrait comme un insensé vers le guichet. Il guettait les machines qui n’avaient pas donné, se précipitait sur le siège, enfournait ses cailloux, repartait au guichet pour recharger son pot, il cherchait quoi  en vérité ?  à gagner ou à perdre ?

Il se ventait de jouer un euro : et sur deux 7 alignés, il voulait le troisième.  Il était complaisant, flatteur, empressé pour la blonde qui perdait ; obligeant pour qui voulait lui  parler; il était superstitieux,  moqueur, scrupuleux à se gausser des surveillants mais point léger quand il guettait le troisième 7. Il réfléchissait doucement,  longuement, semblait craindre d’avoir mal appuyé ; il calculait les yeux fermés, osait  les rouvrir  sur le dernier rouleau qui s’arrêtait, … en-dessous.

Dépité, il se mettait derrière celui qui jouait, relevait adroitement le nombre de pièces, se précipitait si l’autre s’en allait. Il n’occupait point de machine, il ne tenait aucune place, il était partout !  Il s’en allait bras nus, pour plus d’espace, le corps penché en avant et la tête baissée. ça sentait l’argent, dans son gilet de bohème ;  des réminiscences qui viendront le hanter.

Point de machine où il n’était allé,  ne l’ait emplie des pièces d’une  joueuse ruinée,   trouvant le moyen de passer derrière pour  ramasser, se coulant bien bas afin de n’être aperçu. Si on l’interrogeait ou le priait de quelque conseil, il se mettait  sur le bord du tabouret fixé pour s’écrier  » Inévitable !, c’est 80 % de la somme engrangé, mathématique. «  C’est derrière vous que j’aimerais me rendre » 

Espérant se refaire, il n’ouvrait le stylo que pour consulter un chéquier ; Chantait-il alors , Crétin,  comme la cigale,  quand il avait gagné !  il glissait dans son chapeau les pièces qui tombaient,  alors il se racontait, en faisait profiter ses compagnes, la compagnie, le guichetier : mais quand il perdait  il était dans la mauvaise passe, dans la mauvaise rangée…

« Toujours, quand il gagnait, c’était notre argent qu’il ramassait dans le bac… »

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