Sous le soleil

L’EMPIRE DE LA PÉTASSE

Débordée,  je l’étais. Un déferlement de partout, ce téléphone sans discontinuer et personne pour l’empêcher de sonner,  un soleil qui nous inondait, alors, moi,  simple petite assistante au service informatique, je disais tout simplement : « Arrêt ».
 
 

 

Le blog de Fedora

 

 

Que le soleil brille!

enfin... j'essayais

Blog de sagan33 : Site Clair_Obscur, Récits blogueuse II

Quand elle revenait, elle était rouge comme une citrouille

Nos jambes croisées sous le bureau, elle me faisait face dans la clarté, cette nouvelle collègue se prénommant Jeannine, submergée elle aussi, non de données, mais de tiroirs ouverts sur des câbles branchés, de connexions multiples reliées par des fils entrelacés sur son comptoir téléphonique. Parmi un déferlement  phosphorescent, d’appels ininterrompus qu’elle n’arrivait plus à maîtriser son intégration en Entreprise devenait enfer. Un profil pétasse sirène d’accueil aux yeux bridés qui ne résistait pas au stress et d’ailleurs son corps sans entrave qui se pliait,  n’avait pas échappé à notre hilare ami Bozo, comptable de son état. Jolie comme elle était, il rôdait le sourire aux lèvres comme un Panda sur la cime ensoleillée d’une montagne chinoise noyée de brume dans le but de l’aider. Il tombait même son stylo  pour mâter les dessous de la nouvelle pépé standardisée.

Elle n’irradiait pas pour tous la Pépée. Confrontée au calme condescendant des vieilles salariées, mais aussi à leurs reproches,  la pépée avait affiché un air désespéré. Dixit Bozzo, le service HEC l’aurait bousculée! « Cet appel n’était pas pour telle personne, il ne la concernait pas, on demandait à Madame de faire attention, on lui disait qu’elle s’était trompée de ligne! »; Madame! La poupée à Bozo bouillait et bon vent s’il lui prenait la bonne idée de s’en aller!. « Tu es contente me lança-t-il un jour »!. « Va lui dire de m’appeler ce numéro ». La pépée ignorait l’existence des lignes directes sur chaque poste téléphonique. « Tu es une garce me disait Bozo ». « Je sais », je lui avais répondu.

« J’en avais assez de me farcir le travail de Bozo le temps qu’il ramassait ses stylos, je lui avais même dit de préparer son deuil, qu’elle était nulle,  qu’il ferait mieux de rester fidèle à sa femme et non de perdre son temps à batifoler quand les autres étaient occupés ».

La réverbération de l’Open Space aveuglait, soleil propre à mûrir les blés certes, mais, en raison de l’étude de lignes de codes interminables, je dus placer mon bureau en retrait tant ses rayonnements me gênaient. Le nouveau local promis par la Direction, sans ce remue-ménage et cette blancheur, nous faisait tous rêver. On imaginait que le Soleil de ce lieu, avait rendu ces locaux anciens immortels, mais ses rayons d’or dans les pistils des marguerites derrière les vitres, ses raies de lumière sur le lino assombri par l’usure, sa brillance sur les couvertures glacées dans les armoires où s’empilaient documents administratifs et tableaux,  avaient fini par nous lasser. Tous juraient leurs grands dieux qu’ils quitteraient ce lieu,  sans un  regret, malgré ces mètres carrés inondés.

 

Auriez-vous besoin d’un code vous-aussi ?

Soleil ! Oui certes, tes rayons étaient le comble du bien-être mais aussi un détournement du bazar ambiant. S’ils irradiaient les joues de ma voisine affectée aux fournisseurs en jets de flammes, rosissant son teint diaphragme, ils ne pouvaient étouffer le brouhaha général. Affairée la Minette, si les informations étaient bonnes, elle suivait les cours du marché côté service comptabilité, mais elle avait bien de la chance de n’y prêter aucune attention. Pourtant nous aimions tes effluves florales par les interstices des panneaux de vitres basculés sur une pelouse, tes reflets d’or dans la bonbonne d’eau. Des rayons directs qui pénétraient aussi dans le bureau du Directeur général, une cage en verre trônant à l’intérieur comme un bocal d’où on l’apercevait distribuer ses conseils aux salariés. Tu diffusais une chaleur sur nos mains délirantes de dossiers nous dispensant l’énergie nécessaire pour produire des graphes intelligents. Mais ce genre de bien-être n’était qu’apparence, il régnait dans le temps un désordre subtil et tout laissait présager qu’il allait se passer un dénouement.

Jackpot ! Ce fût un mardi. Soudain, un bruit plus sourd que le vacarme habituel avait éclaté… la porte, venait de s’ouvrir. Dans cette salle, il n’y avait pas assez de bruit!   fallait  encore les coups de pied ! car c’était bien ce qui venait de se passer. Voilà pourquoi la surprise fit place à quelque chose de plus tangible. Apparaissant comme Guerin, Il avait surgi devant nous, ses employés, dans toute sa splendeur, lui, le Grand Maître absolu, superbe dans son costume marine sur mesure et ses souliers griffés,  Il fût là !

Le PDG  s’était arrêté à l’entrée puis scrutait alentours, balayant d’un regard circulaire ce qui s’offrait à son oeil perçant. Il nous avait regardé tour à tour. Que lui manquait-il donc ? Ce ne fût qu’après avoir placé ma main en contre-jour, que j’avais remarqué l’intérieur de sa main. Elle contenait, non pas un bâton, mais un papier froissé. On avait attendu. Nous le sentions, le Patron suintait d’humeur rentrée, nul n’était besoin de se concerter en assemblée, pour deviner quel embrasement ardent allait tomber.  La suite nous avait donné raison.

« Merde alors », qu’est-ce qu’il a encore!

Déroulant sa boule de papier qu’il nous avait brandie, il avait explosé d’un air mauvais. Adieu divagations sur le soleil de l’été, d’ailleurs, dans l’entrebâillement de la porte, son visage paraissait bronzé ! un teint vif, inhabituel. Soleil, comme tu lui avais insufflé chaleur et énergie,  pour qu’il vienne ainsi nous scruter!  Ce jour-là, fin prêt à hurler,  il s’était encore redressé.  Mais chance inouï, il n’avait  pas regardé de mon côté, plutôt dans une autre direction, à l’ouest,  la direction du couchant ; c’était connu, tout a moins de prix à l’est. En cet endroit, bien lui en avait pris,  car je n’avais nulle intention de me faire engueuler :

« Quel est le connard d’ici qui a pondu cette lettre ? Vous pouvez être tous fiers de vous à la HC »;

Pourquoi, ici ? la HC ?  là où il se tenait  était le standard, le pôle de l’entreprise où le patron s’adressait.

« Soyez-en-sûrs, je le trouverai ». Il broyait méchamment entre ses doigts ce papier A4 comme du magma prêt à s’échapper du coeur du volcan à la montée de la lave. Là où je me trouvais, je pouvais même distinguer de loin des morceaux de coupures de journaux accolés en rectangles noirs comme des pièces de dominos, sur le format utilisé par le vaillant. Qui donc avait osé ? Aurait-il reçu un courrier! énorme fou rire assuré, car c’était bien ce qu’il semblait.

« Bandes d’enculés, je débusquerai le rédacteur de ce torchon ».

« Va y avoir des sanctions les gars, vous pouvez me croire »

Puis, comme le soleil faisait place à la nuit, il avait disparu. Il était reparti vers ses immenses communs au fond du couloir. On s’était tous regardés… Moi, j’avais ma petite idée sur l’auteur. Mais écrire à Dieu, comment était-ce possible ? Un petit rigolo se serait amusé ?

Il avait été temps ensuite de nous replonger dans les dossiers. Patron, tu avais ignoré que les terres saintes professionnelles étaient de gigantesques aimants qui attiraient les malveillants. Contemplant encore ce foutu soleil, je savais où se tenait le coupable, bien des hésitations l’avaient empêché de s’échapper ailleurs après tes engueulades, vers des régions plus clémentes où il aurait réussi.  La porte n’était-elle pas grande ouverte pour ceux qui l’ignorait comme tu lui avais hurlé ?

Tout s’était pourtant bien terminé, la pétasse s’en était allée, Bozo s’en était remis, notre bureau avait fini par déménager et le Patron s’était calmé. Il n’a jamais trouvé le coupable car il ne l’a jamais cherché.

 

 
Et Soleil est devenu sommeil  : nous avons changé de lieu, mais les poètes sont si nombreux à te versifier que tu resteras toujours éternel .

 

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